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 Suicide Room || Kim Thaksin







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► Deux bouteilles d'eau (1L5)
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► Un collier qui renferme le portrait de sa mère
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   Mar 8 Aoû - 19:56




Ancienne scierie
Le 15 juillet 2017 : 22h15



Il y avait des moments avec et d’autres sans. Enfin. Ici, il y avait plus de moments « sans » qu’autre chose. Son moral était tout aussi régulier que pouvaient l’être les battements de son cœur malmené. Il avait l’impression de toucher le fond un jour sur deux. Et encore. Les crises d’angoisse revenaient, plus fortes encore que lors des premiers jours, à son arrivée sur l’île. Les crises de larmes, aussi. Samran était épuisé, tant sur le plan psychologique que physique. Le moindre de ses pas le faisait chavirer. A nouveau, il se sentait défaillir. Déchanter. Le Nippo-thaïlandais ne s’était pas réellement remis de la maladie qu’il avait attrapé, ni même du vaccin. Son corps criait encore son mal de temps à autre, tiraillé par de violentes poussées de fièvre. Il avait cru être tiré d’affaire. Quelle utopie. Comme d’habitude –comme toujours- il s’était trompé. Lourdement. Car non, non, rien n’allait bien. Comment pouvait-il aller « bien », d’ailleurs ? Sur cette île de malheur, dans ce jeu fou, les choses ne pouvaient être vues sous cet aspect. C’était l’enfer. Le chaos. Et à nouveau, il se demanda ce qui le poussait encore à vivre. Ce n’était pas lui, de chercher à survivre. Il n’était pas comme les autres, comme tous ces gens qui se débattaient pour échapper à leur destin. Depuis longtemps, il était résigné. Il ne ressortirait d’ici que dans un cercueil. Et encore. Peut-être était-ce trop espérer. Il avait vu tellement de choses horribles, depuis qu’il se trouvait là... Avoir un corps encore intact au moment de notre mort semblait être un véritable luxe. Luxe qui n’était pas donné à tout le monde, vraissemblablement.

Peut-être était-il dans un état de crise. Peut-être n’était-il plus réellement conscient de ses actes, de leur portée. Peut-être délirait-il. Certainement, oui. Mais il n’en pouvait plus. Il craquait. Comme si souvent. Inévitablement. Il craquait encore. Les larmes s’étaient faites un chemin jusqu’à ses yeux noirs, chemin qu’elles connaissaient à présent par cœur. Il n’avait jamais réellement pleuré avant son arrivée ici. Il fallait dire qu’il n’avait jamais été triste. Jusqu’ici, il n’avait jamais connu cet état de désespoir intense, si fort qu’il venait à en perdre totalement la raison. En un mois, il avait certainement versé des litres et des litres d’eau salée ; de quoi frôler de près la déshydratation.
Il avait plu au cours de la journée, laissant à la tombée de la nuit une humidité presque malsaine. La chaleur caniculaire, combinée à la moiteur de l’atmosphère, rendait l’air étouffant. Samran se sentait asphyxier. Quelques gouttes de sueur perlaient au coin de son front blême, lui donnant un air maladif. A l’instar de l’obscurité qui se répandait autour de lui, une brume impénétrable s’était étendue dans son esprit. C’en était trop. Respirer lui était insupportable. Entendre, voir, sentir...tout lui était exécrable. Vivre le tuait. Il ne voulait plus rien entendre, ne plus rien voir. Ne plus avoir à réfléchir, à souffrir. Le jeune homme voulait fuir ; plus qu’un besoin, cela finissait par devenir une obsession.
Samran ne savait même plus où il était. La nuit était tombée depuis une bonne heure, rendant sa marche hasardeuse. Il avait peur. Enfin plus tant que ça. Le seul but qui le motivait parvenait encore à faire bouger ses membres faibles et endoloris. Il n’attendait que la fin. Ce repos qu’il cherchait depuis qu’il avait mis les pieds ici. Au bout d’un moment, il perçut des masses sombres s’élever devant ses yeux emplis d’obscurité. Sans prendre réellement le temps de réfléchir, il s’y dirigea, ne faisant même pas attention si l’endroit était désert ou non –comme quoi il n’apprenait jamais de ses erreurs. Le bâtiment n’était qu’un vieil entrepôt, dans lequel trainaient planches et clous rouillés. Quoique. Dans la pénombre ambiante, de petits éclairs bleutés attirèrent son attention. D’abord intrigué, le Nippo-thaïlandais s’approcha du mur en bas duquel avait lieu ce phénomène. Il regarda songeusement les câbles électriques mis à nu qui crépitaient faiblement dans le noir. En inspectant un peu plus, Le jeune homme devina une trace d’humidité sur les briques, dessinant une ligne poisseuse jusqu’aux branchements découverts. L’eau avait filtrée jusqu’à l’intérieur du bâtiment ? Et ces câbles...il avait pourtant cru que toute trace d’électricité avait quitté cette île. Mais ceci-dit... Son regard ne pouvait se détacher des minuscules étincelles qui brillaient devant lui. Il les détaillait presque avec envie. Ce genre de mort était si simple. Facile ; un mot qui lui plaisait énormément. Samran n’était pas assez fort pour se blesser volontairement –et Dieu seul savait qu’il avait pourtant son arbalète et tous ses carreaux sagement rangés dans son sac, propices à transpercer son corps fébrile. La violence, la douleur, le répugnait. Il avait peur d’avoir mal. Peur de tout.
Faiblement, il tendit la main devant lui, hésitant légèrement. Il suffisait juste de toucher le câble, pas vrai ? Personne n’échappait à ce genre de circonstances. Il fallait simplement qu’il les touche. L’électrocution serait rapide, tant qu’il n’aurait pas le temps de ressentir quoi que ce soit. Tout serait fini. Enfin. Il avait juste à tendre les doigts, et ...

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   Mer 9 Aoû - 6:41





14 jours après son arrivée, le typhon se mit à maltraiter la surface de la mer et l’île toute entière. Au début, le jeune homme n’y prit pas attention : la faim, le manque de sommeil et la douleur étaient suffisants pour qu’il ne s'inquiète d’être mouillé. De plus, il faisait si chaud qu’il ne frissonnait même pas sous l’attaque des gouttes de pluies faisant coller ses vêtements et ses cheveux à sa peau.
Au bout d’une longue journée à se battre contre les éléments, cependant, le jeune homme sentit la fatigue rendre ses os lourds et durs à déplacer, ses muscles lui criant d’arrêter de les torturer.

Il patogait maintenant dans une épaisse boue marron et il pleuvait si fort qu’ils n’y voyaient pas à dix mètres à la ronde. Le jeune homme savait une chose, personne ne se risquerait à essayer de le tuer si il sortait des fourrés, et de toute manière, il serait incapables de le viser.
D’après sa carte, le jeune homme savait qu’il se trouvait près d’une vieille scierie. Ce ne serait pas le plus confortable, mais le jeune homme ne pouvait pas se permettre de faire une crise à l’extérieur, risquant d’être tué ou noyé par l’eau qui commencait à s’accumuler autour de ses chevilles.
Il décida donc de se rendre dans la scierie, priant n’importe quel dieu pour que celle ci soit vide.

La Zone Industrielle abandonnée était effrayante, plongée dans la pénombre, l’ombre se mouvant sur le ciel sombre. Thaksin ferma les yeux quelques instants et serra son sac contre lui, tremblant.
Il sentit une main dans son dos, comme si quelqu’un le poussait doucement en avant. Thaksin savait qu’il n’y avait personne, que ce n’était que son esprit qui lui jouait des tours. Mais il se concentra sur ca pour marcher jusqu'à l’entrée de la scierie.
Il tendit l’oreille et poussa l’épaisse porte en fer s’ouvrant sur l’usine. L’endroit était particulièrement délabré et les machines étaient des dangers de morts à elles seules, mais visiblement, personne ne se trouvait ici, près à lui sauter dessus. Il n’y avait pas énormément de cachettes.

Le jeune homme fit son chemin entre les rayons des anciennes scies rouillés, et se demanda si des personnes étaient mortes ici, durant un premier Battle Royale.
Finalement, le jeune homme trouva un endroit ou s’installer, dominant légèrement l’entrée, ce qui était parfait pour surveiller l'arrivée d’éventuels visiteurs.
Il soupira en s’asseyant sur le banc en bois.
“Tu as besoin de dormir.” souffla la voix de Yoonjoon. Thaksin tourna la tête, et son meilleur ami était là, lui souriant malicieusement. Bien évidemment, il ne souffrait pas de la pluie, car il n’était qu’un fragment de son esprit fragile, une image figée dans la beauté de ses 17 ans, crée de toute pièce pour combler le vide dans son coeur.
“Je ne dois pas...dormir.” Le jeune homme sentait ses paupières s’alourdir, pourtant, et il ne pouvait rien y faire. Il le savait. Il ne pourrait jamais lutter.

[...]

Des bruits de pas réveillèrent Thaksin quelques heures plus tard. Sursautant, le jeune homme plongea immédiatement derrière une des machines, observant l’entrée de la scierie avec inquiétude.
Un jeune homme entra dans la scierie. De loin, Thaksin ne pouvait que faiblement remarquer ses traits, et il nota avec soulagement que le garçon avait l’air perdu et terrifié...Ce qui, de prime abords, n’était pas une attitude de tueur.
Mais comme le thailandais savait qu’il était important de se méfier des apparences, il continua de l’observer en silence. Il le suivit des yeux quand le garçon s’approcha d’un cable nu posé dans une flaque d’eau.

Attention.

Bien évidemment, le jeune homme continuait sa course, sa main se tendant vers le cable, comme hypnotisée.

Il va se tuer !

“NON !”
Thaksin ne réfléchit pas et bondit hors de sa cachette, effrayant suffisamment le jeune homme pour qu’il aie un mouvement de recul. En quelques enjambées, Thaksin était à sa hauteur, observant le garçon.
“Qu’est ce que tu essaies de faire ? Si tu touches ce cable, tu vas te tuer.”
Levant les mains, le jeune homme lui montra qu’il n’était pas armé. Il garda ses distances, soucieux de la réaction que le plus jeune pourrait avoir. Il connaissait ce regard, cette façon de se comporter, de baisser la tête.
Il le connaissait, car il s’était regardé dans la glace plus d’une fois, cinq ans auparavant.

“Ecoutes… on pourrait peut être discuter…? Je m’appelle Thaksin. Et toi, comment tu t’appelles ?”

Il chercha son regard, un doux sourire sur les lèvres.


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   Lun 14 Aoû - 11:44


Il se demandait bien pourquoi sa vie était si cruelle. Le destin ne s’était pas contenté de le placer dans l’immense engrenage de ce jeu morbide aux règles dégénérées. Par tous les moyens, il semblait l’empêcher de vouloir s’en échapper. Ce n’était pas la première fois que cela arrivait. Loin de là. Devant la mort qui lui tendait les bras, quelqu’un venait s’interposer, par il ne savait quel mystère. Par il ne savait quelle injustice. Et, sincèrement, il venait à haïr cela. La Fatalité qui semblait régir sa destiné était définitivement d’un fond bien sadique. Pourquoi –pourquoi ?!- ne voulait-on pas le laisser partir loin d’ici ?

Il recula précipitamment sa main, effrayé par le cri qui retentit dans son dos. Sous la surprise, la peur, son coeur manqua d’exploser dans sa poitrine. Il regarda d’un air terrorisé l’autre étudiant qui apparut soudainement devant lui, s’approchant à grandes enjambées. Instinctivement, il se recula de quelques pas. Une fraction de seconde venait de suffire pour insuffler dans ses membres endoloris toute la terreur qu’il avait pu oublié, dans un instant de folie. Dans un instant de crise. Ses yeux noirs, dilatés par la peur, l’observait dans un silence crispé. Mais lorsque les paroles tombèrent, un voile tomba sur son regard. Ce qu’il essayait de faire ?... Samran ne répondit pas, se contentant de regarder les petites ondulations bleuâtres, qu’il distinguait encore devant lui, brillant faiblement dans l’obscurité. Ramené brutalement à la réalité, cette vision venait presque à le dégoûter. Ce qu’il avait essayé de faire... « Je sais » finit-il par répondre d’une voix blanche. Il savait parfaitement qu’il se tuerait, s’il touchait ce câble. N’était-ce pas pour cette raison précise qu’il avait désiré le faire ? Quelque part, il savait que l’autre jeune homme le comprenait. Le ton de ses quelques mots restait sans appel. Avait-il forcément besoin d’en dire davantage ? Vivre ici lui était insupportable. Et ce n’était même pas vivre. Il s’agissait bel et bien de survivre. Douloureusement. Pour un but inutile, futile, vide de sens. Pour quelque chose qui n’aboutirait à rien ; des espérances stériles. Il y aurait des survivants. Il y aurait des gagnants. Mais le Nippo-thaïlandais n’en ferait pas partie. Cette certitude était plus forte que son existence. Bien plus forte que sa volonté. Et c’était peut-être de qui aurait raison de lui. Il baissa les yeux au sol. Quel était l’intérêt à tout cela ?
Son vis-à-vis leva les bras, lui montrant qu’il n’était pas armé. Cela le rassura. Un peu. De toute manière, il était arrivé à un point où il aurait pu se jeter lui-même sur la lame d’un éventuel assaillant. La crise était passée, pour l’instant, mais elle pouvait revenir bien vite. Ses pulsion suicidaires étaient parfois plus fortes que sa raison même, prenant le contrôle sur ses actes. C’était exactement ce dont il venait de prouver, une nouvelle fois encore. A l’entende de son nom, il releva la tête, faiblement. Thaksin ? Cela lui évoquait, à raison, ses propres origines. Mais comment savoir ? Il n’était sûr de rien, ici. Sortant peu à peu de la transe dans laquelle il s’était senti glisser, il frissonna, ses chairs transpercées par le froid qu’il ressentait de nouveau. Doucement, il porta une main à son bras, frottant bien faiblement le tissu de sa veste légère. L’autre voulait...discuter ? Mais de quoi ? Samran ne parvenait plus à réaliser ce genre d’interactions sociales, qui avaient pourtant bercé une grande part de son adolescence. Il ne savait plus comment se comporter ; ironique pour quelqu’un qui avait vécu entouré des autres en toutes circonstances. Le regard de son interlocuteur et son sourire étaient encourageants. Il ne lui voulait pas de mal, c’était définitivement une certitude. Lentement mais sûrement, il sentit sa langue se délier. « Je m’appelle Samran... » se décida-t-il finalement à dire, relevant ses petits yeux cernés vers lui.

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   Ven 18 Aoû - 20:31





Thaksin se demanda furtivement si le grand Maître du Jeu, celui qui écrivait leur vie, avait un sens de l'humour particulièrement tordu. Debout devant ce jeune homme perdu, Thaksin avait la sensation d’avoir fait un bond en arrière, à l'époque de l’accident, quand il avait décidé d’escalader le Daegyo bridge.
Il avait observé l’étendue d’autre froide et placide de la rivière au dessus de lui, en se demandant combien de temps il mettrait une mourir. Il lui avait semblé que le pont était bien assez haut pour qu’il soie tué sur l’impact mais une part de lui même ne voulait pas souffrir.

Il voulait partir tranquillement. Sa mère lui avait expliqué que mourir était rapide et sans douleur, quand leur chat s’était éteint et qu’il avait été inconsolable pendant des jours. Elle l’avait rassuré et lui avait confié qu'il se trouvait sans aucun doute dans un endroit merveilleux, où il pourrait manger autant de poisson qu’il désirait et jouer avec d’autres copains avec la force de sa jeunesse.
Thaksin s’était demandé si finalement, ce n’avait été qu’une table destinée à le rassurer, ou si il retrouverait réellement les personnes qui lui étaient chères de l’autre côté.

Puis soudainement, il s’était rendu compte qu’en sautant, il n'aurait fait qu'infliger la même douleur aux personnes qu’il aimait le plus. Il pensa aux yeux de sa grand mère quand elle l’avait retrouvé à l'hôpital, hurlant à la mort. Il pensa à la réaction de ses parents, qui s'inquiétaient terriblement pour lui, et il pensa à la réaction de ses amis, de ceux qui étaient encore vivants et ceux qui étaient morts.
Ce n'était pas une façon de leur rendre hommage.
Il avait reculé.

Aujourd'hui, son instinct lui criait de faire de même avec ce garçon.
Avec douceur, il se présenta à lui, prenant en compte ses mouvements précipités et son affolement. Il ne pouvait pas agir n’importe comment avec lui. Il se devait d’être doux et patient, ce que bien des gens avaient du mal à rester, en particulier devant des personnes qui ne voulaient pas être aidees. Ce garçon ne pouvait pas se donner la mort. Si Thaksin pouvait se battre, alors n’importe qui était capable de quitter cette île vivant pour prendre sa revanche sur la vie.
Finalement, au bout de quelques minutes, le jeune homme sembla sortir de sa torpeur. Il semblait doux, craintif, comme une magnifique biche mélancolique.
Thaksin laissa lentement ses mains retomber sur ses flancs.
« Je m’appelle Samran... »
Le jeune homme haussa un sourcil. Samran ?! Il n’y avait pas de doute possible, c’était l’un des prénoms les plus appréciés en Thaïlande.
Un doux sentiment lui envahit la poitrine à l’idée de rencontrer quelqu’un de chez lui, même dans ce genre de circonstances.

“Vraiment ? Alors on est tous les deux thaïlandais, pas vrai ? Tu parles un peu la langue ?”
Murmura t’il gentiment.
Il s’approcha tentativement de lui. Simplement un pas en avant, presque insoupçonnable. Encore une fois il leva ses mains en l’air, montrant qu'il n’avait aucune intention de lui faire du mal, même si il était persuadé que le fait qu’il aie envie de l’empêcher de se faire du mal était ce qui faisait le plus peur à son nouveau compagnon.
“Ecoutes, Sam….Samran ? Crois le ou non, je sais VRAIMENT ce que tu traverses. Je...j’ai été dans ton cas. J’en pouvais plus. J’étais épuisé de vivre.”
Il lui sourit doucement, mélancolique.
“J’ai perdu des personnes qui étaient le pilier de ma vie. Avec eux j'ai perdu une raison de continuer. Mais j’en ai trouvé une autre.”
Faire de son mieux pour honorer les personnes qui s’étaient retirées trop tôt, comme des papillons de nuit à l’aube, c’était la chose qui lui permettait de continuer à vivre.

“Est ce que je peux m’approcher ? Tu pourrais … rester un peu avec moi, si tu veux ?”
Il était maintenant tout prêt du jeune homme, l’observant dans les yeux.
“Laisses moi t’aider."

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   Dim 27 Aoû - 20:14


Samran observait son interlocuteur bien fébrilement, tentant de déchiffrer son expression de surprise sans grand succès. Il ne comprenait pas vraiment. Il ne comprenait plus. Les autres, leurs paroles, leurs gestes... Tout s’agglutinait dans l’amas gris et froid qui constituait ses pensées. Réfléchir était difficile. Douloureux. Et lui, plus que tout autre chose, détestait avoir mal. Le ton de Thaksin était trop doux ; cela le blessa plus qu’il ne l’aurait imaginé. Il haïssait cette douceur qui ne faisait que crever le cœur. Et pourtant...il en avait irrépressiblement besoin, en dépit de tout ce qu’il pouvait penser. Ce fut à son tour de froncer bien faiblement les sourcils. S’il parlait thaïlandais ? ...oui, malheureusement. Il avait essayé d’oublier cette langue qui lui rappelait tant de souvenirs, mais il en était tout bonnement incapable. Il s’agissait bel et bien de sa langue maternelle, celle qu’il avait appris au contact de sa mère et parlé au cours des premières années de sa vie. Et même maintenant, il s’agissait du dialecte qui sonnait le plus naturellement dans sa bouche. Il secoua faiblement la tête, baissant ses yeux ourlés de longs cils noirs vers le sol. Evidemment, qu’il parlait cette langue. Mais pouvait-il encore se revendiquer membre de ce patrimoine ?... « Je suis japonais » trancha-t-il d’une voix blanche. Il était Japonais, oui. Sur le papier. Sur ce misérable papier qu’il avait absolument cherché à obtenir pour justifier son appartenance à un pays qui refusait la double nationalité. Il était bien japonais ; tout autant qu’il était thaïlandais. Mais avait-il réellement envie de parler de tout cela à un parfait inconnu ?... Inconnu qui se permettait de faire ressortir tant de choses en lui alors qu’il venait à peine de croiser sa route. Samran se décida à le regarder une nouvelle fois, évitant malgré tout de le fixer dans les yeux. « ...mais un de mes parents est thaïlandais. Alors je sais le parler, un peu... » finit-il par rajouter, comme subitement pris de remord de renier une partie de ses origines. Il avait beau tenter de le nier, c’était inscrit dans son sang, dans sa chair  au plus profond de son être.
Il le vit s’approcher, recula par automatisme. Thaïlandais ou non, pacifique ou non, cela n’enlevait rien à sa crainte. A l’instar d’un animal effarouché, Samran se méfiait de tout ; même du plus amical. Comment pouvait-il faire confiance à quelqu’un alors qu’il ne parvenait même pas à se faire confiance ? Tout l’effrayait : le fait de vivre en tête de liste. Et les paroles de Thaksin semblèrent appuyer sur une détente invisible. Le coup parti, le Nippo-thaïlandais se sentit trembler de tout son corps. Il pensait réellement savoir ce qu’il ressentait ? Il n’était même pas épuisé de vivre : c’était bien au dessus de cela. Il n’en pouvait plus. Simplement plus. Malgré lui, il sentit une larme rouler sur sa joue glabre alors qu’il le dévisageait de ses yeux noirs, dilatés par la peine. « Parce que tu penses que tu peux comprendre ?... » Il murmurait, mais le ton employé était peut-être bien plus percutant et douloureux qu’un cri. Il ne pouvait pas comprendre. Parce qu’il ne savait rien. Parce qu’il n’avait jamais été confronté à cette situation. Ils se trouvaient dans un cauchemar. Un véritable cauchemar. Ils étaient confrontés à la chose la plus terrible, la plus exécrable, que l’Humanité avait pu faire. Certains avaient déjà construit des murs, enfermés des populations entière à l’intérieur d’une dictature revêtant le masque de l’utopie. Il y en avait eu des dizaines. Mais ce qu’ils vivaient présentement... Rien n’avait jamais atteint un tel degré d’horreur. Ils étaient des rats de laboratoire, de simples cobayes, destinés à s’entretuer les uns les autres, pour une raison qui n’avait pas plus de sens que de morale. A peine sortis de l’enfance, on leur coupait les ailes, les abandonnait à eux-mêmes, sans le moindre espoir de futur. On les condamnait, de façon totalement arbitraire. Mais plus que toute autre chose, lui était condamné à mourir avec tous ses regrets. A souffrir jusqu’à la fin, vivre sans le faire, respirer pour mieux s’étouffer. Il ne restait plus que la peine, horrible. Plus que la douleur. Il ne restait...plus rien. Pas même une bribe d’espoir.
Ce trop plein de sentiments ressurgissait. Au final, il aurait mieux fait de sauter sur ce câble, couper court à cette part d’humanité qui revenait le tuer à chaque seconde. Chaque souffle. Il passa une main rageuse sur son visage, tentant de camoufler les larmes qui ne parvenaient plus à se stopper. « Ce n’est pas une raison de vivre, que j’ai perdu... » renifla-t-il. Non, c’était bien plus que ça. « C’est ma vie elle-même » Sa vie, oui. On la lui avait prise, réduit à néant. On lui avait tout retiré. De sorte que, sur cette fichue île, il n’était rien de plus qu’un futur cadavre parmi tant d’autres. Aux derniers mots du jeune homme, il se sentit craquer un peu plus. Il détestait ce ton. Cela lui donnait, futilement, l’envie de se réfugier dans ses bras pour stopper ses larmes. Il lui tourna le dos, s’accroupit, visage entre les mains. « Si tu veux m’aider... » sa voix se coupa. Il tremblait trop pour parvenir à parler correctement. « ...si tu veux m’aider, achève moi... » C’était l’unique moyen de le libérer : il n’y en avait pas d’autre.

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   Lun 28 Aoû - 10:58





Difficile de trouver un sujet suffisamment neutre pour occuper l’esprit d’un jeune homme sur le point de se donner la mort. Thaksin, cependant, était bien décidé à le dissuader de céder à la tentation. Il n’était pas prêt à voir un jeune homme mourir sous ses yeux sans qu’il ne puisse rien y faire.
Bien sur, le thaïlandais ne savait rien de lui, il ne connaissait ni sa vie, ni ses motivations. Mais une main tendue, c’était tout ce qu’il avait eu besoin quand il était dans la même situation. Une chose, une bouée à laquelle s’accrocher pour tenir la tête hors de l’eau. Beaucoup trop d’adolescents étaient morts sur cette île en pensant être perdus, de n’avoir aucune chance de s’en sortir.

C’était exactement ce que voulaient les gens qui les avaient mis ici. Se séparer des faibles pour un écrémage parfait. Il n’allait pas les laisser gagner sur ce terrain.
« Je suis japonais » La question de sa nationalité ne sembla pas apaiser le jeune homme, au contraire. Thaksin s’en voulut immédiatement. Peut être que jouer sur leurs points communs n’était pas une si bonne idée en fin de compte.
Le garçon ajouta cependant.« ...mais un de mes parents est thaïlandais. Alors je sais le parler, un peu... » Le jeune homme hocha la tête, c’était un début. Il lui parlait. Il aurait put se précipiter vers le câble et en finir sous ses yeux, mais il ne l’avait pas fait. Il avait une chance de réussir, il n’allait certainement pas la gaspiller en tournant autour du pot.

Evidemment, les mots de Thaksin sonnèrent comme une provocation aux oreille du japonais, qui vacilla. Mais c’était exactement ce que voulait le plus vieux. Le mettre en colère, peut être, pour qu’il sorte ce qu’il avait sur le coeur. Qu’il lui parle de son épuisement, de sa douleur, qu’ils partagent le poids de ce que Samran avait à vivre en ce moment, et qui l’avait poussé à envisager sérieusement de mourir.  « Parce que tu penses que tu peux comprendre ?... » Le jeune homme ressentit tout son désespoir et sa rage dans ces quelques mots. Il ne se démonte pas une seconde pour autant, il soutint son regard effarouché, et s'avança à nouveau.
“Oui. Oui je peux comprendre.” murmure le plus vieux. “Je sais même exactement ce que tu ressens.”
On avait tous une manière différente d’en arriver à un moment ou l’idée de se réveiller tous les matins devenait à elle seule un véritable cauchemar, pourtant les sentiments étaient les mêmes au bout du compte. Le désespoir, la fatigue, la douleur…
“Est ce que tu penses réellement que ça réglera tout ?” murmura t’il. “T’endormir pour toujours pourrait il effacer tous tes cauchemars, Samran ? Tu es sur de ca ?” Personne ne savait ce qui se trouvait de l’autre côté, et personne ne le saurait jamais. Mais peut être que la mort n’était pas le néant, comme l’imaginaient certains, peut être que c’était plus que ca.
“Tu veux vraiment mourir ici ? Qu’on t’oublie ? Qu’on arrache ta page comme si elle ne valait rien ? Réfléchis y bien, Samran. Tu peux faire le choix de faire la différence.”

Le jeune homme fronca les sourcils, ne le quittant pas des yeux, comme si un clignement de paupière pourrait suffir au jeune homme pour s'ôter la vie. « Ce n’est pas une raison de vivre, que j’ai perdu... » Thaksin pencha légèrement la tête. « C’est ma vie elle-même »
Le jeune homme soupira.

“Je ne peux pas te rendre ce que tu as perdu.” murmura t’il. “Mais ce n’est pas en te donnant la mort que tu seras susceptible de retrouver ta vie. “On a toujours le choix… Tu peux choisir de t’approcher de moi, et de me laisser essayer de te montrer que tu peux être sauvé.”
Personne n’était jamais réellement mort, même ceux qui n’étaient plus là. Si il avait une seule chance de sauver ce garçon, alors Thaksin était prêt à tout pour le faire. Il écarta les bras. « Si tu veux m’aider... » Le jeune homme haussa les sourcils. « ...si tu veux m’aider, achève moi... » Le garçon tressaillit.
“Hors de question. C’est hors de question.” Sa voix ne tremblait pas. Alors, une idée lui vint en tête. “Très bien.” Il s’approcha et s’accroupit. “Si tu es si décidé à en finir, tu devras le faire en m’emmenant avec toi.” Il lui tendit la main.

Si Samran était près a tout pour mourir, Thaksin prenait d’énormes risques. Mais il était décidé. Si il voulait toucher ce fil électrique, alors le jeune homme allait le faire avec lui. Il espérait simplement qu’il saurait les sauver tous les deux avant.
Ferme, il observa les éclairs bleus filer sur la surface de l’eau. Il se revit des années auparavant, tenant le pistolet de Yoonjoon, assis dans sa chambre. Il se voyait coller le canon sur sa tempe et renoncer. A l’époque, le geste lui avait fait honte, aujourd’hui, il savait qu’il avait fait preuve de courage.
“Si tu veux gaspiller ta vie, tu devras mettre fin à la mienne.”

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   Lun 28 Aoû - 17:11


Sa gorge se serra davantage lorsqu’il lui assura le comprendre. C’était impossible, continuait-il de penser. Jamais personne n’aurait pu ressentir une telle peine, une telle douleur. Il haïssait cette pseudo-compassion. Il haïssait le ton de sa voix, et encore plus la façon dont il prononçait son nom. Il détestait être mis au pied du mur, avoir à réaliser qu’il n’était pas seul dans son malheur ; qu’il n’était pas le seul à souffrir. Au fond, ils étaient tous dans la même galère. Mais Samran ne pensait qu’à lui : il n’avait jamais cessé de le faire. Du début jusqu’à la fin, jamais, il n’avait agi pour un autre. A quoi bon ? Cela ne valait pas le coup. Il ne pensait pas aux autres, ne l’avait jamais fait. Il était le personnage de sa propre histoire. Enfermé, seul, dans un corps trop faible, doté d’un esprit trop lâche, il était le seul à souffrir de la sorte. Car seul, il ne ressentait que le poids de sa propre peine. Et cela le tuait. Il se couvrit les oreilles de ses mains, ne voulant plus entendre les paroles de l’autre étudiant. Pourquoi s’était-il décidé à lui parler de ce sujet ? Il n’aimait pas ça. Pire, encore : il détestait cela. Il avait l’impression de redevenir un enfant à qui on dictait ses fautes. Car oui, il faisait des fautes. Parce qu’il ne savait pas faire autrement, il se trompait. Il en était conscient. Mais il ne voulait pas se l’entendre dire. Il voulait...disparaître. Simplement disparaître. Et qu’importait qu’on se souvienne de lui ou non. Sa mère l’avait oublié, certainement, tout comme lui l’avait fait, égoïstement. Son père...son géniteur, ne devait pas s’en soucier plus que cela, si ce n’était qu’il perdait une de ses très nombreuses possessions. Qui donc le regretterait ? Personne. Et cette réponse, ce fait fataliste, lui crevait le cœur. A semer le vent, il récoltait la tempête. Lui qui n’avait jamais porté d’attrait aux autres ne pouvait s’attirer leur affect. C’était la triste vérité. Il mourrait ici, seul.
Il ferma un peu plus les yeux, sentant les larmes inonder ses pommettes saillantes.  « Tais toi » supplia-t-il. Il ne voulait pas entendre. Il ne voulait pas savoir. Il ne voulait pas reconnaître sa lâcheté, assumer sa propre faiblesse. Il ne voulait pas reconnaître qu’il avait tort et que, comme Thaksin le disait si bien, il avait le choix. Il avait toujours pensé que non, refusait en boucle de se l’admettre. Il ne voulait pas l’écouter, pas craquer. Il ne voulait pas se permettre d’espérer à nouveau. « Je ne veux pas savoir ... » Il se détestait de pleurer de la sorte devant un parfait inconnu. Parfait inconnu qui visait malheureusement incroyablement juste. Et même s’il tentait d’ignorer tous ses mots, il les entendait bel et bien.
Il releva ses yeux boursoufflés vers Thaksin alors que celui-ci se plaçait devant lui. Par automatisme, Samran détourna le regard avant de secouer la tête. Il ne voulait pas le voir, pas plus qu’il ne voulait l’écouter. Mais celui-ci ne semblait pas lui laisser le choix. Samran regarda la main qu’il lui tendit, le visage pâle. Il ne pouvait pas être sérieux, si ? « Non ... » Ses lèvres tremblaient. Cette idée était ridicule. Il vint même à se demander si cette personne n’était pas folle. Mais quelque chose dans son regard déterminé lui criait que non. Il était même très sérieux. « Je ne veux pas te tuer ... » Il ferma les yeux, se mordit la lèvre jusqu’à s’en faire saigner. Il n’était pas un meurtrier, bon sang ! L’idée était totalement stupide, il ne comprenait pas. Il ne voulait pas le tuer. Pas plus qu’il ne voulait se tuer. Samran avait beau vouloir mourir, il n’était pas assez déterminé pour passer à l’acte, si ce n’était sous l’impulsion de quelques moments de folie passagère. Trop lâche pour vivre mais bien plus encore pour se tuer. Il était misérable au possible. Un être humain dans toute sa splendeur.
Il rouvrit les yeux, plongeant son regard baigné de larmes dans celui de Thaksin, comme y cherchant un quelconque secours. « Je ne sais pas quoi faire... » chuchota-t-il dans un murmure. « J’ai tellement mal et...et je ne sais pas quoi faire ... » Et il pleurait. Encore. Comme il le faisait si souvent. Un peu trop. Mais il ne pouvait s’en empêcher.

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   Mer 30 Aoû - 19:31





Ce garçon était perdu et malheureux. Bien sur, tous l’étaient sur cette île de malheur, arrachés à leur foyer et leur famille pour s’entretuer. Beaucoup avaient fini par craquer et se donner la mort, on lui avait dit que c’était normal, les premiers jours : puis ils avaient tous trouvé un moyen de palier : en se cachant, en tuant de sang froid, ou en faisant des alliances.
Au final, ils pouvaient dire toutes les belles paroles possibles et innimaginables, ils étaient seuls avec eux même une fois la nuit venue, et c’était à ce moment là qu’ils finissaient par perdre les pédales.

Parfois, le jeune homme avait pensé à faire la même chose, trouver un endroit pour mourir rapidement, sans faire de vague, ou alors il avait pensé essayer de trouver quelque chose à faire pour embêter au maximum la NEC et donner plus de temps à ceux qui le méritaient. Puis la rage de vivre l’avait emportée et il avait pensé aux personnes qu’il laisserait derrière lui, et il avait décidé de créer ses propres règles.
« Tais toi » Le jeune homme sourit mais secoua doucement la tête. Le but n’était pas d’accabler Samran, mais de lui donner la rage de se battre pour rendre les choses meilleures. « Je ne veux pas savoir ... »

Thaksin ne le laisserait pas gâcher son opportunité de faire la différence. Il devait le secouer, et il n’y avait qu’une seule façon de le faire. Il pensa furtivement à Jayden, qui aurait été horrifié de laisser quelqu’un décider de son sort de cette manière mais… son instinct lui criai d’essayer. Il voulait sortir ce garçon de l’endroit ou il se noyait.
« Non ... » La main du garçon ne trembla pas. Il sourit même, la main toujours tendue. Il savait que Samran ne le ferait pas. Non pas parce qu’il était lâche, mais qu’il avait encore assez d’espoirs pour se préoccuper de prendre une vie ou non. « Je ne veux pas te tuer ... »

C’était exactement ce qu’il voulait entendre. Maintenant, le jeune homme n’était qu’à quelques centimètres de lui quand il s’accroupit à la hauteur de son nouveau compagnon. Il ne se préoccupait pas du fait qu’il allait couvrir de boue son pantalon en jean ayant déjà souffrir de ces intempéries.
“Tu vois, qu’on a toujours le choix.” Il sourit au garçon, cherchant son regard. “Si tu avais été un véritable lache, tu aurais pris ma main et tu l’aurais fait quand même, sans te préoccuper de moi.” murmura t’il.

Il reprit. “Et pourtant, tu ne l’as pas fait.” Il secoua la tête. “Ca veut dire qu’il y a une véritable force en toi qui demande simplement la force d’être exploitée. Samran. Ne leur donne pas raison. Bats toi. On les fera tomber.” Il lui tendit de nouveau la main, cette fois ci pour l’aider à se relever.
“Tu veux bien venir ici ?”
L’état du garçon lui faisait vraiment mal, la colère passée. Il avait envie de s’approcher pour le prendre dans ses bras, mais il savait qu’il se devait de respecter son intimité.
« Je ne sais pas quoi faire... » Le jeune homme l’observa, l’air dévasté par la douleur qu’il ressentait provenant de Samran. « J’ai tellement mal et...et je ne sais pas quoi faire ... »
Le jeune homme décida de tenter le tout pour le tout. Il s’approcha et attrapa le jeune homme, l’envellopant dans ses bras, juste assez fort pour le détourner de son objectif premier, mais pas assez pour l’empêcher de se reculer si il en avait besoin. Mais pour Thaksin, il n’avait jamais vu quelqu’un ayant plus besoin de réconfort physique.

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   Lun 4 Sep - 22:26


Le temps paraissait suspendu, dans cet endroit sombre aux relents morbides d’humidité. Samran avait l’impression de se noyer dans ses pensées, se faire submerger par elles. Il n’entendait que très faiblement les paroles que Thaksin lui adressait, distinguant les mots sans réellement les comprendre. Il n’était plus en état. Il craquait. Il craquait encore ; toujours. Et chaque fois un peu plus. Chacune de ses larmes le rapprochait d’une fin qu’il savait inévitable. Le dilemme perdurait, à l’instar du paradoxe qui habitait son être fragilisé par les crises et la névrose. L’autre jeune homme lui tenait pourtant des propos réconfortants, désireux de faire renaître en lui l’espoir. Mais l’espoir lui semblait mort, enterré depuis longtemps. Et rouvrir cette tombe sonnait en lui comme une profanation. Le moindre regain d’énergie apportait avec lui son lot de dépression. Et son corps n’en pouvait plus. Son cœur n’en voulait plus.
Il ne répondit pas lorsqu’il lui demanda de s’approcher. Il restait prostré dans son coin, mais douloureusement plaquée contre sa poitrine, ne réprimant plus ses sanglots. Le contact humain le rapprochait de sa peine, le ramenant à ce qu’il avait pu être. Ce qu’il aurait pu –dû- être. Les mots, désespérés, affluaient sur le bout de ses lèvres, roulaient sur sa langue, rugueux et glacials. A chaque fois qu’il tentait de parler, Samran se faisait un peu plus couler. Mais il était pourtant sincère. Il ne savait plus quoi faire. Il ne savait plus. Il sursauta avec terreur lorsqu’il sentit les bras de l’étudiant l’envelopper. Un hoquet de peur s’échappant de ses lèvres, il voulut, en premier réflexe, le repousser violemment. Néanmoins, sa main qui vint se poser sur l’épaule de son vis-à-vis se mit à trembler. Et, loin de le rejeter, il serra un peu plus fort le tissus de son vêtement, l’agrippa comme s’il s’agissait d’une bouée de sauvetage. Ses défenses s’effondraient une à une. Le métisse ne put s’empêcher de venir poser sa tête contre sa clavicule, fondant un peu plus en larmes dans ses bras. Il était faible face au contact humain, face à la gentillesse qu’on pouvait lui témoigner. Misérable, il attirait inévitablement la pitié : il le savait. Samran se serra contre lui avec faiblesse, tremblant de tout son corps. Ses larmes venaient inévitablement imprégner le haut de Thaksin, mais dans son état actuel, il n’avait plus la force de se détacher de lui. « Je ne comprends pas pourquoi... » Sous le poids de l’émotion, il s’exprimait subitement dans sa langue maternelle, bien plus douce à ses oreilles que le coréen qu’on lui avait imposé à son arrivée au pays. « ...pourquoi est-ce que nous devons vivre ça... » termina-t-il, sa voix étranglée par les larmes. « C’est injuste... » Cela l’était, oui. Mais se lamenter sur son sort n’y changeait rien. Il avait cependant besoin de le faire. Il s’arrêta finalement de parler, n’en trouvant plus la force. Ses paupières closes étaient agitées par l’afflux des sanglots qui n’avaient toujours pas cessé. Le Nippo-thaïlandais chercha à reprendre son souffle, inspirant et expirant à plusieurs reprises, faisant entrer de l’air frais dans ses poumons opprimés. La chaleur humaine qu’il ressentait, si proche de lui, de sa peau meurtrie, lui était indéniablement réconfortante. De la sorte, il finit par se calmer, un peu. Lorsque les larmes furent taries et les tremblements apaisés, il s’écarta légèrement de l’autre joueur, baissant ses yeux rouges vers le sol. Il se sentait quelque peu gêné, à présent qu’il s’était permis de pleurer dans ses bras. Il passa une main blême dans ses cheveux de jais, puis essuya d’un revers de manche ses yeux encore humides. Il n’osait plus vraiment le regarder dans les yeux. Une fois calmé, il se redressa. « Depuis quand es-tu ici, Thaksin ?... » demanda-t-il faiblement après s’être mordu la joue.

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   Mer 6 Sep - 22:40





Samran était dans un état que l’on pouvait difficilement comprendre quand on n’était pas passé par là : cette sensation d’avoir tout perdu, ne n’avoir aucune branche à laquelle se raccrocher. Et la chute était si longue, si lente, que parfois, l’idée de l’abréger était tentante. Il se rappelait encore le contact froid du rasoir sur sa peau, comme il avait glissé sur celui ci avec précision. Il n’avait pas eu mal. En vérité, il n’avait rien ressenti. Il n’avait fait qu’observer son poignet couvert de sang chaud avec une étrange fascination, avant que Morphée ne l’attire dans ses bras, dans un long sommeil dont il n’aurait pu ne pas revenir.
En voyant la douleur qu’il avait infligé à sa grand mère et à ses parents, le jeune homme avait promis de ne jamais tenter une nouvelle fois une chose pareille. Mieux, il s’était promis d’aider toutes les personnes se sentant assez désespérées pour le faire.

Le jeune homme savait qu’il devait faire quelque chose. Samran était en pleine crise de panique, et si il ne faisait rien pour le ramener doucement à la réalité, alors il essaiera à nouveau de toucher les fils électriques. Et il réussirait sans aucun doute. Le jeune homme s'avança alors. Il prit le corps frêle et tremblant du jeune homme dans ses bras, agissant comme si il avait été un félin blessé, ou un enfant terrorisé. Il ne savait pas du quel il se rapprochait le plus pour le moment.
Quand il sentit cependant sa main se refermer sur son t-shirt, il opta pour l’option de l’enfant perdu et terrorisé. Thaksin le laissa déverser ses larmes sur son haut, et il s’en fichait bien car il le sentait, doucement mais surement, se détendre dans ses bras, épuisé par les larmes.
Finalement, sa voix lui parvint.

« Je ne comprends pas pourquoi... » Le jeune homme reconnaît immédiatement les intonations chaudes et accentuées du thaïlandais, qui étaient une deuxième nature pour lui. « ...pourquoi est-ce que nous devons vivre ça... » Le jeune homme le laissa terminer, laissant sa main lui caresser doucement le dos. « C’est injuste... »

Le jeune homme ne pouvait qu’acquiescer. Oui, tout ca était injuste : le fait que des enfants soient jetés dans une arène et qu’on leur apprendre que pour survivre, ils se devaient de tuer était injuste.
“Oui. Oui, c’est injuste. Tu peux être en colère. Mais ne les laisse pas te détruire.” C’était exactement ce que voulaient ses gens : prouver que la loi du plus fort s’appliquait partout, même entre des adolescents qui devraient être à l’école, entrain d’étudier tranquillement, et pas dans cet endroit à se battre pour leur vie.
Finalement, le jeune homme sembla arrêter de trembler, et se détacha finalement de Thaksin. Celui ci ne protesta pas, observant le visage rouge du jeune homme avec douceur. Il remarqua que le garçon possédait un visage d’une rare finesse, derrière sa frange de cheveux noirs de jais. « Depuis quand es-tu ici, Thaksin ?... » Le jeune homme sourit doucement.

“Près de deux semaines… Je crois, j’ai fini par arrêter de compter les jours.”
avoua t’il. “Et toi, Samran ? Ca fait combien de temps ?”
Si le jeune homme avait passé énormément de temps avec lui même dans cet endroit, il n’était pas étonnant qu’il aie été aussi désespéré.
“Viens t’asseoir avec moi.” murmura le jeune homme en le tirant avec lui. “Ca fait combien de temps que tu as bu ? mangé ?” Il se tourna finalement vers Samran, et lui sourit. “Tu peux rester avec moi autant que tu veux, si ca peut te rassurer. D’accord ?”




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   Jeu 7 Sep - 22:37


Il cherchait le réconfort. Parce qu’il était faible. Lorsqu’il n’attisait pas la pitié, il essayait de convoquer la compassion. Y parvenait, parfois. Quelle attitude. Il aurait pu être quelqu’un de fort, quelque d’admirable. Il ne l’était pourtant pas. Et il ne comprenait pas. Pourquoi certaines personnes parvenaient-elles à agir de façon si composée alors qu’ils se trouvaient tous dans un cauchemar sans nom ? Il pensa, un instant, à Hiro, ce Japonais qui l’avait sauvé d’une mort certaine, la première fois qu’il avait franchi les murs de l’hôpital. Il avait tué ses quatre agresseurs sans plus d’état d’âme, stipulant qu’il ne s’attaquait pas aux gens « comme lui ». Aux faibles. Même avec le recul, il n’avait pas compris comment cet homme était parvenu à faire preuve d’un tel sang froid. L’idée de tuer lui donnait la nausée. Il se souvenait encore de l’odeur écœurante de fer, celle du sang. Pas la peine de souligner à quel point ce jeu pouvait donc être terrible pour lui. Il pensa, un instant, à l’arme qu’il gardait dans son sac. Il ne l’avait jamais touché, n’avait jamais osé le faire. L’idée de disposer d’un tel objet lui soulevait l’estomac. Il se sentait coupable, inévitablement, de garder cette arbalète. Mais il ne voulait même pas imaginer les conséquences si cela pouvait tomber dans d’autres mains que les siennes. Il espérait sincèrement qu’il n’aurait jamais à s’en servir...
Il eut un pauvre sourire, infiniment triste, aux mots de Thaksin. Ne pas les laisser le détruire ?... Samran n’avait pas besoin d’eux pour cela. Il se détruisait tout seul, à l’aide de son esprit torturé et sa nature bancale. Il était si fragile qu’il s’effondrait de l’intérieur. Le Nippo-thaïlandais n’était même plus en colère. Il était désespéré. Simplement. « Et comment devrais-je faire ? » demanda-t-il d’une voix blanche, se décidant à faire face à son interlocuteur. Allait-il lui dire de se battre ? Ce n’était pas possible. Thaksin lui avoua être ici depuis deux semaines, environ. Il le regarda tristement. Il savait à quel point le temps pouvait être long. Surtout lorsqu’on attendait la mort ; lorsqu’on « vivait » comme lui. Etait-il encore un minimum optimisme, lorsqu’il n’avait vécu que deux semaines sur l’île ? Il ne parvenait même plus à s’en souvenir. Inévitablement, la question lui fut retournée. Samran passa une main fébrile dans ses cheveux sombres, dégageant ses yeux encore un peu brillants de larmes. « Un mois. Exactement un mois » Car oui, lui comptait les jours. Il les comptait avec fièvre, s’en rendait malade. Cela faisait un mois. Un mois déjà. Un mois, seulement. Cela faisait une éternité. Sa lèvre commença à trembler dangereusement. Il parvint cependant à retenir ce début de faiblesse qui manquait de l’étouffer. Il devait reprendre ses esprits.
Il ne résista pas lorsque Thaksin le tira par le bras, trop faible pour effectuer un autre geste de rejet. La chaleur du Thaïlandais était réconfortante, il n’avait plus véritablement envie de recréer un mur autour de lui. Sa tête pencha doucement sur le côté alors qu’il coulait un regard en sa direction. Ses yeux noirs se plantèrent dans les siens tandis qu’il réfléchissait à sa question, une expression perdue sur le visage. Suite à la maladie, la douleur mentale qui l’avait assaillie pendant des journées entières l’avaient coupé de toutes sensations. Il ne savait même plus à quand remontait la dernière fois qu’il avait pris le temps de se nourrir. Il buvait, un peu, lorsqu’il y pensait. Il l’avait peut-être fait hier. Ou aujourd’hui. Il ne s’en souvenait plus bien. Tout devenait confus. Le jeune homme avait l’impression de sortir d’une longue transe dans laquelle il avait été plongé malgré lui. Il secoua doucement la tête. « Je ne sais pas... » L’apathie prenait le dessus sur les sensations vitales. De tout temps, la douleur avait pris le relais de tous les autres maux dont il aurait pu souffrir.
Il tenta de sourire, sa bouche formant une grimace étrange. Il n’arrivait même plus à feinter des expressions faciales qu’il avait pourtant constamment utilisé dans son enfance. Samran essayait, mais il n’arrivait plus à se montrer enthousiaste. La proposition de l’autre étudiant l’intéressait cependant. « Tu voudrais bien ?... Au moins pour ce soir... » Sa voix était à peine plus forte qu’un murmure. Il avait indéniablement peur des autres, depuis qu’il était ici. Mais il détestait tant cette solitude qui finissait par lui coller à la peau... Il laissa passer un petit silence. « Les autres me font peur » avoua-t-il. « Mais c’est tellement difficile, de rester tout le temps seul... » Seul, on était exposé au moindre danger, au moindre événement. Il lui était cependant bien difficile de concevoir une alliance avec un autre joueur, d’accorder sa confiance. Ceci dit, vivre enfermé dans son mutisme finissait par avoir raison de lui, peu à peu.

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   Jeu 14 Sep - 0:17





Etre “faible” ne voulait pas nécessairement dire qu’on était voué à souffrir toute sa vie face à plus grand et plus fort que soi. Il l’avait appris le premier jour de son entrée à l’école primaire, quand ces grands l’avaient bousculé parce qu’il était différent, qu’il ne parlait pas la même langue, était petit et fragile. Yoonjoon lui avait prit la main et lui avait actuellement appris à prendre partie de ses qualités. De trouver ses armes dans sa faiblesse. Tu as un joli minois ? L’utiliser pour arriver à ses fins pouvait paraître un peu tordu, mais ca marchait actuellement très bien.
Tu étais petit et maigre ? Les gens ne te verront jamais venir. Le mieux était de les laisser te croire vulnérable pour ménager l’effet de surprise lorsqu’ils auront baissé la garde. Les conseils qu’il avait eu ce jour là était ce qu’il lui permettait de survivre dans cet endroit, finalement. Ca et sa facilité à se faire discret, presque invisible, et surtout très agile.

Tout ca pour dire que chacun pouvait trouver une force dans son malheur. Il lui était indispensable de le faire car c’est ce qui avait toujours permis à l’homme de survivre dans les environnements les plus hostiles… l’évolution dans toute son ampleur.
« Et comment devrais-je faire ? » Le jeune homme eut un sourire malheureux, le laissant se séparer de lui. Il ne peut s’empêcher de poser ses mains sur ses bras, ayant besoin d’un contact certain entre eux pour être rassuré sur le fait que le jeune homme n’allait pas sauter sur le fil électrique.
“Ce n’est pas vraiment quelque chose qui s’apprend mais...je peux t’aider. T’aider à trouver un moyen.” sourit le jeune homme. “Si c’est ce dont tu as besoin…. donnes moi une chance, d’accord ?” Une seule chance, c’est tout ce qu’il voulait. Il voulait lui prouver, que même sur cette île, la vie valait d’être vécu jusqu’au bout.

« Un mois. Exactement un mois » Il ne pouvait qu’imaginer le calvaire que cela avait été de vivre seul dans son état, alors que vivre une seconde de plus devenait trop douloureux.
“Le simple fait que tu sois encore là, Samran… c’est la preuve de ta force…” Dit t’il sincèrement. Il savait bien évidemment que le garçon ne le croirait pas, mais il était prêt à passer sa nuit à lui répéter si il le fallait. Samran avait besoin que quelqu’un veille sur lui...Qu’on lui permette de sortir de sa douleur, ne serait que l’espace de quelques heures. Thaksin en avait surement besoin, lui aussi.
« Je ne sais pas... »
Alarmé, Thaksin l’attira avec lui vers le fond de la vieille scierie, ou il s’était caché : près du banc en bois inconfortable se trouvait son sac. Il poussa gentiment le jeune homme à s’asseoir, et fouilla dans son sac pour en sortir une bouteille d’eau. Sa dernière. Il la tendit sans hésitation à Samran.


« Tu voudrais bien ?... Au moins pour ce soir... » Thaksin s’empressa d’hocher la tête. En vérité, il aurait été bien malheureux de laisser repartir dans cet état. Il ne pouvait s’en empêcher, son instinct presque maternel se réveillait devant ce jeune homme si perdu, et il avait réellement envie de l’aider...mais surtout de le protéger. Et il restait quand même le plus capable des deux pour le moment. “Tu restes aussi longtemps que tu veux, Samran.”
« Les autres me font peur » Le jeune homme ne pouvait pas lui en vouloir. Il était bien difficile d’accorder sa confiance à qui que ce soit dans cet endroit. « Mais c’est tellement difficile, de rester tout le temps seul... »
Thaksin vint s’asseoir près du jeune homme, posant un doux regard sur lui, comme enveloppant.
“L’homme n’est pas fait pour être seul, Samran. Ce n’est que naturel.” Il soupira doucement, son propre visage trahissant les nuits sans sommeil et sa peur de s’évanouir en pleine journée à cause de sa maladie. Il n’était jamais tranquille.
“Je ne te demandes pas de me faire confiance...Mais je voyage seul alors tu ne me déranges pas.”
Il passa une main dans ses cheveux. “Tu peux aussi me parler...ca ne peut que te faire du bien.”


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I don’t care if it hurts, tie me up so I can’t run away. Grab me tightly and shake me so I can’t snap out of it. ▵ ©️endlesslove.
Kim Thaksin ▵
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Contenu du sac :


► Deux bouteilles d'eau (1L5)
► Une carte de l'île avec ses zones
► Une boussole
► Une lampe torche (avec piles)


► Un collier qui renferme le portrait de sa mère
► Une boîte d’antalgique (13)
► Une tenue de rechange
► Une peluche anti-stress
► Un peigne
► Une montre
► Trois pinces à cheveux
► Un imperméable de poche
► Du fil dentaire
► Un coupe ongles

► Une arbalète de poing avec 6 carreaux


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   Mar 19 Sep - 22:29


Ses yeux fixaient le vide qui s’étalait allégrement devant lui, béant d’obscurité. Son regard ne reflétait pas la moindre lumière ; à croire que le noir velouteux de ses yeux absorbait tout éclat. Cette attitude passive, faite de contemplation et d’inactivité lui convenait à merveille. Parfois, il avait la vaine espérance de se changer en statue de pierre, afin de d’observer ce néant en toute tranquillité, figé à jamais dans le marbre. Mais aussi certainement que le jour finirait par pointer à travers les vitres brisées du bâtiment, ce bref instant de répit –de tranquillité ?- finirait par disparaître. Rien ne perdurait, il le réalisait presque malgré lui, lui dont le moral semblait suivre la même trajectoire que ses battements de cœur.
Il secoua doucement la tête aux paroles de Thaksin, comme s’il écoutait une musique douce. L’idée de trouver une raison de s’accrocher était belle, indéniablement. Mais il n’y croyait qu’à moitié, plus charmé par la forme que par le fond. Les moments de crise finissaient par s’estomper doucement, laissant derrière eux une résignation presque tragique. Samran était encore de relativiser. Il parvenait cependant à se détacher de toutes ces pensées qui lui crevaient le cœur, pour au moins quelques instants. Il sourit pudiquement, de manière un peu plus naturelle qu’avant, d’une manière qui n’en était pas moins triste. « Tu perdrais ton temps » Les mots étaient légers, graves à la fois. Oui, Thaksin y perdrait son temps. Et certainement avait-il besoin de ce « temps » dont lui ne voulait plus. Peut-être avait-il encore des projets, des espoirs...chose qui n’était plus réellement le cas du Nippo-thaïlandais. La main qu’il glissa sur son bras lui fit redresser les yeux. Il lui demandait une chance ?... Définitivement, il ne comprenait pas ce qui le poussait à agir de la sorte. « Si c’est juste une seule chance... » Il rabaissa bien vite le regard, méditant lui-même à tout cela. Etait-ce réellement une bonne idée ?
Aux paroles de l’autre jeune homme, il ne put retenir un rire, malgré lui. Sa force ? L’avait-il regardé ne serait-ce qu’un seul instant ? Il n’était plus que l’ombre de lui-même. Et jusqu’ici, il n’avait que pu survivre en s’attachant aux autres, tel un parasite : tel le parasite qu’il était. Il repensa à ce garçon dont il ignorait le nom, qui l’avait agrippé fortement alors qu’il s’apprêtait à se jeter du haut de la falaise, dès les premiers jours de jeu. Puis à Hiro, ce Japonais qui l’avait sauvé en tuant ses agresseurs et en prenant même le temps de le sortir de la cage dans laquelle il s’était enfermé. Et il ne fallait pas oublier Makoto, qui l’avait aidé à gagner l’hôpital afin de prendre le fameux vaccin, sans parler de Mi Sun qui l’avait si gentiment aidé et soutenu... Puis son bienfaiteur de la soirée n’était personne d’autre que Thaksin. Tant d’existences qui lui avaient permis de survivre, jusqu’ici. Il porta une main blême à son visage, tentant de stopper son rire qui prenait presque des inflexions nerveuses. Il était à des lieux d’être fort ... « Ce n’est pas vrai ... Si tu savais seulement le nombre de personnes à qui je dois la survie actuelle ... » En reprenant son souffle, il parvint à se calmer.
Samran laissa l’autre étudiant l’entraîner au fond du bâtiment pour le faire asseoir. Dans l’état actuel des choses, il n’était rien de plus qu’un pantin désarticulé, qu’on agitait et bougeait selon son bon vouloir. Néanmoins, il parvenait encore à saisir la douceur qui émanait de Thaksin. Cela le rendait étrangement faible. « Alors juste pour ce soir, ce sera suffisant » Il força un petit sourire sur ses lèvres gercées. C’était la seule chose dont il était réellement capable.
Son regard dévia une nouvelle fois devant lui, regardant la pénombre dans laquelle il ne distinguait pourtant rien. « Mais qu’est-ce qui est réellement naturel, ici ?... » demanda-t-il comme pour lui-même, entrant dans un semblant de transe. « Est-ce naturel d’avoir à s’entretuer ? De craindre pour sa vie ? De ... de souffrir autant ? » Il se perdait. Son regard s’arracha à sa non-contemplation pour se poser sur le jeune homme. « Je te fais confiance, Thaksin. Mais je suis incapable de me faire confiance » Il devenait bavard, étrangement. « Et de quoi devrais-je parler ?... » Cela pouvait peut-être lui faire du bien ?...

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« MONSTERS ARE REAL, AND GHOSTS ARE REAL TOO. THEY LIVE INSIDE US, AND SOMETIMES, THEY WIN. »

― Stephen King

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Suicide Room || Kim Thaksin

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